Sans titre-1Lorsque j'ai fait mes études d'infimières, des gens personnes très âgées, j'en croisais. 23 ans ont passé, des personnes très âgées, j'en croise souvent désormais. Ce qui vaut dans la démarche de soins, des conversations parfois impressionnantes. Je parle des 90 ans et plus.

Il y a quelques temps une dame de 95 ans, qui doutait de la nécessité de la soigner. Elle trouvait qu'on en faisait trop "à mon âge!". Il avait fallu faire le point avec elle. "Vous êtes autonome, vous faîtes votre cuisine, vous avez vos activités, vos enfants, votre famille, vous ne pouvez plus sortir seule mais vous le faîtes quand même accompagnée, votre cerveau marche, votre corps a besoin en ce moment de quelques révisions, vous n’êtes pas grabataire, la question se poserait peut-être différemment dans ce cas !" La dame avait été rassurée, elle est repartie moins contrariée.

J'avais trouvé cette conversation impressionnante, parce qu'on a abordé le sujet de la fin de vie. Travaillant dans un service technique, ce n'est pas habituel.

L'autre jour, une jeunette de 89 a refusé tout net. Une petite bonhomme-femme toute souriante et sympathique, mais tenace. Le Grand-chef s'est fait remercié. Je suis passée juste un peu après. "Excusez moi madame, me dit elle, je donne du travail pour rien! Mais vous comprenez à mon âge!" Cette fois-ci, la conversation ne l'a pas convaincue. Dans son cas, c'était encore plus cru parce que l'explication tournait autour de "oui, la mort est inévitable; mais ce que l'on propose de faire est que vous ne souffriez pas afin de profiter au mieux du temps qu'il vous reste".

Ce que ces deux dames très âgées ont en commun? Elles craignent, n'ont pas de mourir. C'est le comment cela se fera qui les taraude. La dame de 89 ans a dit qu'elle voulait qu'on la laisse partir tranquille. La dame de 95 ans a dit "A mon âge ce n'est pas mourir qui me fait peur, mais j'ai peur de cette pile que j'ai sur le coeur, j'ai peur de savoir quand cela arrivera!"

 Les soins très techniques sont promotteurs de vie. Mais parfois ils sont aussi un moyen pour qu'une fin de vie se fasse bien. Les gens très âgés semblent voir les soins comme des empêcheurs de mourir tranquille. Globalement et en généralisant outrageusement, les soins divers sont présentés par "on fait et vous allez vivre". Sauf qu'on croise beaucoup maintenant ces plus 90 ans qui savent qu'ils vont mourir et que ce n'est pas toujours ce "vous allez vivre" qu'ils veulent entendre; pas mal d'entre eux ont besoin  qu'on leur dise "comment vous allez mourir", c'est ce qui les interessent.

Il ne faut surtout pas généralisé évidemment.